Il y a quelque chose de profondément inquiétant à voir la direction du PCF considérer que des communistes qui soutiennent une autre candidature à l’élection présidentielle se placeraient d’eux-mêmes en dehors du parti. Plus inquiétants encore, les appels à exclure des camarades, les accusations de trahison, les anathèmes lancés contre des femmes et des hommes dont personne ne peut sérieusement contester l’engagement communiste.
Est-ce donc cela qu’il reste de notre fraternité ?
Nous pensions révolu le temps où le désaccord se réglait par l’exclusion, où la fidélité au communisme se confondait avec l’obéissance à une direction.
L’histoire de notre parti, marquée aussi par des exclusions dont nous avons depuis mesuré les dégâts, devrait pourtant nous avoir appris quelque chose.
Les statuts du PCF reconnaissent le droit de défendre et d’exprimer un désaccord. Ils réservent aux candidatures investies le droit de parler au nom du parti et d’utiliser son logo. Ils ne sauraient transformer un choix majoritaire en obligation de silence.
Mais au fond, la question dépasse les statuts. À quoi sert le Parti communiste ?
Est-il devenu une fin en soi, une organisation dont il faudrait préserver les positions et les décisions, même lorsqu’elles l’éloignent d’une partie de celles et ceux qu’il entend représenter ? Ou demeure-t-il un outil au service de la transformation de la société ?
Nous ne sommes pas communistes pour sauver un appareil. Nous sommes communistes pour changer le monde.
Le communisme ne se réduit ni à une carte, ni à un logo, ni à une investiture. Il vit dans les luttes du monde du travail, les mobilisations de la jeunesse, les combats féministes, antiracistes et écologistes, la conquête de nouveaux droits et l’extension des biens communs.
L’histoire du mouvement communiste est aussi celle de sa capacité à contribuer à des rassemblements qui le dépassent, à construire des majorités populaires et à arracher des conquêtes sociales qui transforment durablement la vie de millions de personnes.
Se dépasser, ce n’est pas se dissoudre. C’est être fidèle à sa raison d’être.
Aujourd’hui, l’extrême droite est aux portes du pouvoir. Un puissant mouvement social et une jeunesse mobilisée font surgir de nouvelles aspirations. La question décisive devrait être celle du débouché politique à construire pour ces mobilisations, de la majorité populaire à rassembler et des transformations à engager.
Et pendant ce temps, certains voudraient faire de l’exclusion de communistes leur priorité ?
Que vaut une majorité dans un parti si elle conduit à perdre de vue l’intérêt du mouvement populaire ?
Nous avons fait un choix politique clair : contribuer au rassemblement pour une victoire de la gauche avec le bulletin de vote Jean-Luc Mélenchon en 2027.
Nous l’assumons en communistes, avec notre histoire, notre autonomie et nos propositions. Nous voulons faire vivre une campagne communiste qui porte la sécurité sociale intégrale, la réduction du temps de travail, la démocratie économique, la mise en commun des richesses et des ressources essentielles, une VIe République et un internationalisme conséquent.
Nous voulons être de celles et ceux qui font vivre l’unité sur le terrain, qui construisent un débouché politique au mouvement social et qui travaillent à faire émerger une force populaire plus vaste que chacune de nos organisations.
Cela mérite un débat politique, pas des procès en trahison.
On peut défendre une autre stratégie, soutenir une autre candidature. Mais aucune majorité, aucune direction, aucune procédure ne peut retirer à des camarades leurs convictions communistes, leurs décennies de luttes et leur engagement pour l’émancipation humaine.
Il est temps de retrouver le sens de la fraternité communiste. Celle qui n’exige pas l’unanimité, mais qui permet de débattre, de se confronter et de continuer à agir ensemble. Celle qui reconnaît que notre diversité peut être une force plutôt qu’une menace.
Le Parti communiste n’est pas propriétaire du communisme. Et la fidélité au communisme ne se mesure pas à la fidélité à une direction.
Nous avons mieux à faire que de compter les exclusions. Nous avons une extrême droite à battre, une gauche à faire gagner, des conquêtes sociales à arracher et une société à transformer.
Ce n’est pas au mouvement populaire de se plier aux intérêts du parti. C’est au parti de se rendre utile au mouvement populaire.
Voilà l’esprit du communisme que nous entendons faire vivre. Et ce n’est pas une décision de direction qui pourra l’enterrer.


