Le 17 septembre 2026, la Commission nationale de médiation et de règlement des conflits du PCF a prononcé l’exclusion collective de dix communistes de Vitry-sur-Seine. Jugés collectivement, un seul de ces dix camarades a été entendu par la commission. Alternative Communiste exprime sa pleine solidarité avec ces camarades, dont l’engagement, souvent depuis des décennies, a servi le combat communiste à Vitry et au-delà (voir leur déclaration commune).
Ces dix camarades ne sont pas les seul·es à être ainsi rayé·es d’un trait de plume. Cet été déjà, la fédération des Alpes-Maritimes suspendait à titre conservatoire Colette Mo et Robert Injey ; dans le Tarn, Roland Foissac, ancien secrétaire fédéral, avait été suspendu pour avoir défendu l’union de la gauche aux municipales — il est décédé depuis. Nombre de membres d’Alternative Communiste ont eux-mêmes été écartés des instances dirigeantes du PCF depuis 2018, et cet été encore, le renouvellement du Comité exécutif national a vu disparaître plusieurs voix plurielles, dont celle du député Pierre Dharréville. Un même climat, une même méthode : museler plutôt que débattre.
Vouloir renforcer le parti en l’épurant, c’est en réalité l’affaiblir. Ces pratiques renouent avec la part la plus sombre de l’histoire du PCF : l’exclusion en 1952 du résistant Georges Guingouin, chef de maquis en Haute-Vienne, réhabilité par le parti seulement 46 ans plus tard ; celle d’Edgar Morin en 1951 pour avoir publié un article dans un journal non communiste ; la mise à l’écart, dans les années 1960, d’étudiant·es communistes de l’UEC jugé·es trop proches du soutien à l’indépendance algérienne ; jusqu’à l’exclusion, en 1981, du philosophe Étienne Balibar (qu’AC va recevoir pour un entretien exceptionnel dans quelques jours) pour avoir dénoncé une dérive raciste du parti. Le PCF avait pourtant tiré la leçon de ce passé stalinien en inscrivant le pluralisme dans ses statuts dès 1994.
Pourtant, il y a quelques semaines seulement, à l’université d’été du PCF, Fabien Roussel affirmait vouloir « faire pousser des têtes », pas les couper. Depuis, dix têtes sont tombées.
Le communisme n’est pas une caserne. Douter n’est pas faillir : c’est ainsi que se construit une pensée vivante, pas en rejouant à l’infini un scénario qui ne prend plus, ni en vendant le souvenir d’un parti qui n’a jamais existé. C’est un pluralisme vivant, qui débat et s’affronte au réel plutôt que de s’y dérober comme le fait l’actuelle direction en défendant une stratégie hors sol que tant de communistes refusent.
Pour Alternative Communiste, il est impossible de revendiquer de nouvelles formes démocratiques dans la cité comme dans l’entreprise, et en même temps pratiquer en interne l’exclusion et le refus de l’écoute. Notre solidarité va aux dix exclu·es de Vitry, comme à toutes les victimes de ce climat. Le débat respectueux que nous entendons porter dans le réseau Alternative Communiste leur est ouvert.

Déclaration des 10 exclu·es
Déclaration des dix exclu.es du PCF.
Le 17 septembre 2026, la Commission nationale de médiation et de règlement des conflits du Parti communiste français a prononcé notre exclusion collective.
Dix noms figurent dans sa décision. Nous contestons cette décision, tant sur le fond que sur la manière dont elle a été prise. Nous avons été jugés collectivement sans avoir été entendus individuellement. Une seule d’entre nous a été auditionnée. Plusieurs d’entre nous n’ont même pas été personnellement informés de la procédure avant d’en découvrir l’issue.
Comment une commission chargée de la médiation peut-elle prétendre régler un conflit sans donner à chacune et chacun la possibilité de répondre aux griefs qui lui sont adressés ?
L’avis qui nous a été transmis ne ressemble guère, à nos yeux, à une tentative de médiation.
Il présente comme établis des faits et des interprétations que nous contestons. Il propose une lecture des événements de Vitry depuis 2019 dans laquelle nous ne reconnaissons ni notre histoire ni notre engagement. Nous dénonçons ses inexactitudes, ses omissions et ses accusations, et nous entendons y répondre publiquement, pièces à l’appui.
Le comble est que notre exclusion intervient à la demande de celles et ceux qui ont participé en 2020 au renversement de Jean-Claude Kennedy. Celui qui a été le maitre d’œuvre de cette infamie n’a été suspendu que 6 mois. Deux poids, dix mesures…
Le 10 septembre, dans un entretien à Libération, Fabien Roussel affirmait préférer « faire pousser des têtes » plutôt que d’en couper et disait vouloir rester bienveillant envers ses camarades communistes. Huit jours plus tard, nous apprenons notre exclusion collective. Nous lui demandons comment il entend concilier ces paroles avec la décision qui vient d’être prise.
Nous refusons qu’un désaccord politique, même profond, soit effacé par une décision disciplinaire. Nous refusons aussi qu’une seule version des événements devienne, faute de contradiction, l’histoire officielle. Nous prendrons donc la parole ensemble sur ce qui s’est passé à Vitry, sur les raisons de nos choix et sur les engagements que nous continuons de porter.
Notre engagement ne tient ni à une carte ni à l’autorisation d’une commission. Il tient à nos convictions, à nos histoires militantes et à notre attachement aux habitant.es de Vitry. Et puisque nous refusons de laisser cette décision avoir le dernier mot, nous avons choisi de lui répondre aussi par la fraternité et par un peu de dérision. Nous vous invitons toutes et tous à notre pot de départ.
Nous sommes Communistes, et nous le resterons.
Philippe Beyssi, Serge Cao, Marie-Soizic Haute, Elsa Kaczmarek, Jean-Claude Kennedy, Michel Lepretre, Isabelle Lorand, Marion Martin, Jean-Pierre Moineau, Audrey Sedilot.



Camarades, le débat mérite mieux que l’opposition entre « caserne » et « pluralisme ».
La démocratie communiste suppose effectivement que chacun puisse débattre, contester, convaincre et défendre une orientation différente. Sur ce point, aucune ambiguïté : le désaccord politique n’est pas une faute. La décision publiée par Isabelle Lorand est explicite sur le respect des statuts approuvés en 2023.
Mais la démocratie ne s’arrête pas au débat.
Elle produit aussi une décision collective. A l’époque, le soutien à la liste communiste de Vitry. Et chaque décision statutaire produit à son tour un mandat, une mise en œuvre, un contrôle et un bilan. Sinon, nous ne sommes plus dans une organisation démocratique mais dans la juxtaposition de positions individuelles.
En 2012 et en 2017, par exemple, le PCF a soutenu Jean-Luc Mélenchon (avec principalement un accord sur un référendum sur le nucléaire). En 2022, ce dernier n’a pas été soutenu. Il voulait fermé dès l’été 2022 la moitié des réacteurs et arrêter la production électronucléaire française pour 2030. Aujourd’hui, comme pour le référendum de Notre-Dame des Landes, Mélenchon a le même réflexe que les bureaucrates de Bruxelles qui disent que la démocratie s’arrête aux traités. Il est partisan d’une fin de la production électronucléaire pour au plus tard 2050 et mise uniquement sur une technologie l’hydrogène vert qui n’est pas encore mature. Comme pour l’Allemagne, cela signifie être dépendant d’énergie fossile polluante et d’engendrer plus de CO2 qu’actuellement; Cela s’oppose à notre Plan Climat.
Accepterions nous cela d’une autre organisation politique : Cette autocratie contre Corbières, Davi, Autain ? Cette homophobie décomplexée et tyrannique ? Cette apologie des violences sexistes et sexuelles décomplexées malgré des discours maximaliste, dont la dernière en date le chauffeur Delogu qui ne paye pas sa pension alimentaire depuis plus d’un an etc ? Cette démagogie sur la BCE ainsi que sur la cause palestinienne pour semer de la confusion dans la jeunesse ? Etc.
Vous le savez.
Vous savez aussi que les propos homophobes de Sophia Chikirou n’ont jamais été condamnée. Son soutien via BFM TV à Adrien Quatennens qui mettait en cause un complot politique et attaquait son ex épouse par sexisme et a été condamné par la justice pour des violences. Déclarer Fabien Roussel = Doriot n’a pas été condamné. LFI a présenté des candidats contre le PCF etc. Certains engendrent une anomie pro LFI et a des stratégies individualistes et électoralistes.
Or le courrier du 17 septembre 2026 pose une question précise qui ne peut pas être évacuée : la section de Vitry avait, selon la Commission, démocratiquement décidé une liste conduite par Pierre Bell-Lloch, tandis que plusieurs membres du PCF ont ensuite figuré sur une autre liste soutenue par LFI, en se revendiquant publiquement membres du PCF. Ce fait est établi, n’est pas simplement un « désaccord politique ». Il pose la question du respect d’une décision collective et du mandat qui en découlait. Et c’est cette distinction entre désaccord, décision collective et mise en œuvre qui devrait être au cœur du débat communiste.
La discipline ne peut pas remplacer le débat, pas plus que le pluralisme ne peut abolir la décision collective. La tolérance de la direction engendre un affaiblissement du Parti. Cet affaiblissement du Parti est ensuite instrumentalisée contre le direction. Ce cercle vicieux doit s’arrêter dans l’intérêt du prolétariat.
C’est pourquoi il faut lire la décision complète avant de conclure. Vous devriez comme Isabelle Lorand sur son Facebook la publier car elle a décidé de la rendre publique par provocation. Chacun doit personnellement assumé tout comportement contraire à une ou à des décision(s) collective(s) régulièrement adoptée, alors parler simplement de « désaccord politique sanctionné » ne rend pas compte du problème. La décision mentionne aussi que plusieurs rappels sans frais ont eu lieu.
Notre conception de la démocratie communiste doit précisément permettre de tenir ensemble deux exigences : la liberté du débat et la souveraineté de la décision collective. C’était aussi, à sa manière, l’une des questions posées par l’expérience de Georges Guingouin : la démocratie militante ne vaut pas seulement avant la décision, elle implique que le mandat décidé collectivement soit respecté et que sa mise en œuvre puisse être contrôlée par les militants. En 1952, dans le conflit qui l’opposa à la direction du PCF, le « Lou Grand » refusa précisément qu’une décision politique soit imposée en dehors du débat et de la souveraineté militante. L’enjeu pour nous est donc clair : on peut contester une orientation, défendre une autre ligne et chercher à convaincre ; mais une fois la décision prise par les instances souveraines, le mandat collectif doit être mis en œuvre, contrôlé et, si nécessaire, corrigé par les mêmes procédures démocratiques. Sinon, la liberté du débat se transforme en droit permanent de s’affranchir de la décision collective et elle permet l’arbitraire et engendre l’anomie organisationnelle.
C’est également pourquoi il faut se méfier des raccourcis historiques. Jean Chaintron connut une autre trajectoire : après son exclusion du PCF, il participa au courant d’opposition Unir-Débat avant de rejoindre le PSU en 1967. Il ne s’agit pas de réduire rétrospectivement son parcours à celui d’un simple « social-démocrate », mais de constater qu’il illustre une évolution politique différente de celle de Guingouin. Pour nous, la question actuelle est surtout de savoir si, au nom de considérations électorales, certains choix peuvent conduire à contourner ou à relativiser des décisions souverainement prises par les militants du PCF, au risque de laisser la stratégie du Parti se définir par rapport à la logique de la social-démocratie populiste de LFI. La démocratie communiste ne peut être une démocratie où la décision collective ne vaut que lorsqu’elle correspond aux nécessités tactiques du moment : elle doit articuler débat, décision, mandat, mise en œuvre, compte rendu, contrôle et correction. Et je ne vous rappelle par Marcel Rigout qui a lutté contre les décisions collectives des mandats militants locaux, soit contre Georges Guingouin. Le rénovateur a créé sa boutique l’ADS ayant toujours eu du mal avec la démocratie interne du Parti et son inclinaison électoraliste et opportuniste.
La notion de « discipline de parti » invoquée par Jean Chaintron puis Marcel Rigout n’était plus un simple outil de cohésion après débat, mais une exigence de soumission absolue. Or, le PCF a tenu des processus démocratiques à partir des instances locales, pour les municipales à Vitry ou Nice. Idem, pour le processus de désignation d’un candidat, en la personne de Fabien Roussel, pour l’élection présidentielle de 2027. Chaintron et Rigout ont donc dû quitter le Parti. Heureusement. Ils étaient des fractionnistes. Pourquoi ? Aucun confrontation d’idées contradictoires. Le bureau politique (CEN actuel : pas de commission ad hoc) agissait pour leur promotion, sans consultation des collectifs militants locaux. Ils devaient relayer sous peine d’être eux-mêmes exclus pour complicité ou fractionnisme. Marcel Rigout, un révisionniste parmi d’autres, a donc bien épuré les instances locales pour faire voter par les cellules de base l’exclusion de Georges Guingouin. Marcel Rigout a défendu le Parti outil. Il a toujours refusé la conception du Parti organisé. Il a préféré l’alignement électoral avec la force dominante, le PS en Haute-Vienne.
Le communisme n’est pas une caserne. Mais il n’est pas non plus une organisation où chaque militant peut transformer une décision collective en simple opinion parmi d’autres dès lors qu’il n’en partage pas le résultat.
Débat, décision, mandat, mise en œuvre, compte rendu, contrôle et correction : c’est cette chaîne démocratique qu’il faut reconstruire, et elle vaut pour la direction comme pour chaque militant. C’est le sens de la suspension par le comité fédéral des Alpes-Maritimes du 26 août et de la décision de la commission pour Vitry.