En septembre, les communistes seront appelés à se prononcer sur la candidature de Fabien Roussel à l’élection présidentielle de 2027. Ce vote doit être l’occasion d’un véritable choix stratégique : une candidature communiste est-elle aujourd’hui le meilleur moyen de faire avancer nos idées, de faire gagner la gauche et de battre l’extrême droite ? Voici dix raisons de penser que non.
1. Avoir une ligne communiste ne signifie pas nécessairement avoir un candidat.
Nous avons une conception propre du travail, de l’industrie, de l’énergie, des services publics, de la République et de la transformation sociale. Mais notre autonomie politique ne se mesure pas à notre présence sur un bulletin de vote. La seule question qui vaille est : une candidature communiste est-elle utile pour faire avancer nos idées et notre camp ?
2. Nous avons expérimenté cette stratégie en 2022.
La candidature communiste devait permettre de reconstruire notre influence et de retrouver une visibilité nationale. Elle a obtenu 2,28 %. Cinq ans plus tard, rien ne permet de penser qu’une nouvelle candidature changerait fondamentalement notre rapport de forces. Recommencer ne peut pas constituer en soi une stratégie.
3. Nous devons regarder notre situation en face.
Le Parti est affaibli dans les entreprises, les quartiers populaires, les collectivités et les élections nationales. Dans le rapport de forces actuel, une candidature communiste ne serait pas une candidature de conquête susceptible d’accéder au second tour. Nous parlerions donc d’une candidature de quelques pourcents, dans une élection où quelques pourcents peuvent précisément décider de la qualification.
4. L’unité de toute la gauche au premier tour paraît désormais hors d’atteinte. Il faut le regretter, pas le théoriser.
Tout indique aujourd’hui qu’il y aura plusieurs candidatures à gauche. C’est un échec. Mais nous refusons d’en tirer la conclusion qu’il existerait plusieurs gauches définitivement irréconciliables. Ce qui semble impossible au premier tour peut devenir indispensable au second.
5. La question centrale devient donc : qui peut franchir le premier tour ?
Puisque la gauche partira vraisemblablement divisée, notre responsabilité minimale est de maintenir une candidature de gauche en situation de se qualifier. Aujourd’hui, c’est la gauche radicale qui dispose de la base électorale et populaire permettant d’envisager cette qualification. Nous pouvons avoir des désaccords avec elle sans prendre le risque de lui retirer les quelques points qui pourraient lui manquer pour accéder au second tour.
6. Ne pas présenter de candidat communiste ne signifie ni se rallier, ni renoncer à ce que nous avons de spécifique.
Nous n’avons pas besoin d’inventer une opposition artificielle entre des communistes supposément révolutionnaires et des Insoumis supposément réformistes. Ce serait peu lucide sur l’état réel de nos forces et sur les contenus portés de part et d’autre. Dans plusieurs domaines, la gauche insoumise porte elle-même des propositions de rupture importantes.
Notre apport propre doit plutôt être affirmé là où il est réellement singulier : la place centrale du travail et des rapports de production dans la transformation de la société, la conquête de nouveaux pouvoirs pour les salariés dans l’entreprise, la propriété et la maîtrise collective des moyens de production, les services publics, l’industrie, la planification et la lutte contre le pouvoir du capital. Ces contenus peuvent être portés avec force dans une campagne commune ou aux côtés d’autres forces, sans candidature communiste autonome.
7. Notre stratégie doit articuler un premier tour de rapport de forces et un second tour de rassemblement.
Nous devons partir de la situation telle qu’elle est. Au premier tour, empêcher l’émiettement du pôle de gauche susceptible de se qualifier. Au second, créer les conditions du rassemblement de toute la gauche pour gagner. L’accès d’une candidature de gauche radicale au second tour créerait une situation entièrement nouvelle et poserait à toutes les forces de gauche la question de leur responsabilité devant le pays.
8. Le danger de l’extrême droite change la nature de notre responsabilité.
2027 peut voir l’extrême droite accéder au pouvoir. Nous ne pouvons pas raisonner comme si nous préparions une présidentielle ordinaire. Que signifierait un résultat communiste de 2, 3 ou 4 % si ces mêmes voix manquaient à la gauche pour accéder au second tour ? Nous aurions affirmé notre identité mais affaibli notre camp.
9. Notre histoire nous enseigne le rassemblement, pas l’irréconciliabilité.
En 1936, les communistes, les socialistes et les radicaux avaient des différences politiques et stratégiques immenses. Cela n’a pas empêché le Front populaire. Les communistes n’ont pas abandonné leur identité ni leur projet : ils ont compris que, face au fascisme et à la crise, leur autonomie devait servir la construction d’un rassemblement populaire capable de gagner.
10. Notre ambition doit être plus grande que compter nos voix.
Nous ne voulons ni disparaître, ni nous dissoudre, ni renoncer à une perspective communiste. Nous voulons reconstruire une organisation communiste forte, reprendre pied dans le monde du travail et les quartiers populaires, faire avancer des contenus de rupture et contribuer à la victoire.
L’unité de toute la gauche au premier tour semble aujourd’hui hors d’atteinte : nous le regrettons. Mais nous refusons d’en faire une théorie des gauches irréconciliables. Notre responsabilité est désormais de ne pas ajouter une division supplémentaire, de maintenir la gauche radicale en capacité d’accéder au second tour et, si elle y parvient, de rendre possible le rassemblement de toute la gauche pour battre la droite et l’extrême droite.
L’autonomie communiste n’est pas l’isolement. Elle consiste à porter une conception propre de la transformation sociale, à organiser le monde du travail et à faire vivre des propositions de rupture, y compris dans un cadre de rassemblement. Notre objectif n’est pas d’avoir un candidat pour prouver que nous existons. Il est de faire en sorte que les communistes soient utiles pour gagner, et suffisamment forts pour peser sur ce qui viendra après.



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