Deux mille hectares de la forêt de Fontainebleau sont déjà partis en fumée. Aux portes de Paris, le massif des peintres et des promeneurs, joyau symbolique, refuge de la diversité du vivant comme des imaginaires, brûle depuis trois jours, et avec lui l’illusion que le feu resterait une affaire méridionale. Le pays lui-même est la proie des flammes : du Roussillon aux rives de la Loire, de la forêt de Tavignano aux garrigues du Minervois, c’est une France desséchée par trois canicules consécutives qui est en train de s’embraser.
Tout est pourtant sur la table depuis longtemps. Chaque année, de nouvelles catastrophes annoncent de prochains incendies, toujours plus monstrueux, gagnant toujours plus de terrain vers le nord. Et depuis des années, les scientifiques, les chercheurs de l’INRAE et du CNRS comme les services de l’État, Météo-France, l’ONF, ou encore les fédérations de pompiers et syndicats CGT des SDIS décrivent avec précision ce scénario catastrophe en cours, et proposent des pistes pour tenter d’y faire face.
Qu’a-t-on fait de ce qui est désormais une certitude ? Rien. La France dispose de douze Canadair hors d’âge, quand l’Espagne en aligne vingt et un. La poignée d’avions promis par Macron à grand renfort de communication ne sera livrable qu’à partir de 2032. Pire, le pouvoir a continué son entreprise de démantèlement : l’Office national des forêts, amputé d’un tiers de ses effectifs en vingt ans, est incapable désormais d’assurer la surveillance et l’entretien des massifs. Quant aux SDIS, qui fournissent l’essentiel des fantassins que l’on envoie au feu, l’austérité imposée aux départements en a gravement amputé les moyens. Et il aura fallu deux années d’un « Beauvau de la sécurité civile » pour n’accoucher d’aucune loi, d’aucune mesure, d’aucune ligne budgétaire.
Voilà l’impéritie des pouvoirs successifs, dont le macronisme, déjà condamné pour inaction climatique, est la quintessence : préparer méthodiquement l’impréparation, sacrifier la prévention et le temps long sur l’autel de la « maîtrise de la dépense publique », tout en s’assurant que le débat soit saturé d’immigration, de questions identitaires ou encore de stigmatisation des classes populaires — tous les sujets, sauf les enjeux du siècle.
Il y a quelques jours encore, la droite et l’extrême droite conjuguaient une fois de plus leurs efforts pour esquiver le débat civilisationnel qui est devant nous, et nous enliser tous dans l’absurde projet de généraliser les climatiseurs.
Est-il possible que la forêt de Fontainebleau ait payé au prix fort l’invention d’un chemin, d’une issue politique pour changer ce monde de fond en comble ? Malheureusement, il faudra sans doute d’autres étincelles et d’autres catastrophes, mais le temps approche car, comme les braises sous les sables des Trois Pignons, le feu d’une colère noire couve dans le pays.
Ce qui brûle sous nos yeux, ce ne sont pas seulement un écosystème ou nos rêves de promeneurs, c’est aussi un vieux monde et un logiciel dépassés, tout en soumission aux puissances de l’argent, modèle qui a trop longtemps confisqué, dans les imaginaires, l’idée même de modernité, et qui se révèle incapable d’affronter le monde qu’il a produit.
Reste la question décisive : quand jaillira l’étincelle, la lueur que le peuple français saisira pour construire une issue, une refondation anticapitaliste, où la protection des communs prime enfin sur le marché ? L’échéance de 2027 peut être un jalon essentiel. Elle ne peut se réduire à une mobilisation par la seule peur, aussi justifiée soit-elle, celle de voir l’extrême droite accéder au pouvoir. Elle doit être un temps d’espérance, celui où s’engage enfin cette refondation. C’est notre responsabilité de communistes que d’y contribuer.



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