La liberté de la presse n’est pas un privilège accordé aux journalistes. C’est un droit fondamental des citoyens. Celui de connaître les faits, de comprendre le monde, de confronter les points de vue et de se forger librement une opinion. Sans information indépendante, il ne peut y avoir de véritable démocratie.
Les révélations de Mediapart sur les pressions qui auraient été exercées sur les services de renseignement pour attribuer à La France insoumise la responsabilité des violences du 17 octobre sont d’une extrême gravité. Si elles sont confirmées, elles révéleraient une instrumentalisation inacceptable des moyens de l’État contre une force politique d’opposition. Toute la lumière doit être faite sur ces accusations et sur les responsabilités éventuelles.
Ces révélations interviennent dans un climat médiatique particulièrement préoccupant. La CGT et la CFDT de France Télévisions ont dénoncé le traitement des manifestations par le journal de 20 heures de France 2. Des heures de mobilisation, des revendications portées par la jeunesse, des aspirations à davantage de justice sociale : tout cela s’efface derrière des images de violences répétées jusqu’à saturation. La CGT dénonce également un montage présentant des propos de Jean-Luc Mélenchon dans un contexte susceptible d’en dénaturer le sens.
Dans le même temps, la journaliste Isabelle Saporta est écartée temporairement de l’antenne de LCI après avoir vivement mis en cause le bilan de la macronie. Les circonstances de cette décision doivent être éclaircies. La liberté de critique du pouvoir ne saurait être subordonnée au confort de ses représentants.
Informer, ce n’est pas relayer la parole du pouvoir. Montrer les violences sans expliquer les colères, c’est priver les citoyens d’une partie de la réalité.
Nous refusons que la dénonciation légitime des violences serve à effacer les revendications sociales, à discréditer un mouvement populaire ou à désigner sans preuves des responsables politiques.
Nous refusons tout autant la mise en accusation générale des journalistes. Nombre d’entre eux accomplissent chaque jour un travail indispensable, parfois dans des conditions difficiles, pour enquêter, vérifier les faits et résister aux pressions politiques et économiques. Les révélations de Mediapart comme les prises de position syndicales à France Télévisions témoignent précisément de cette exigence professionnelle.
L’indépendance de la presse est indissociable de son pluralisme, de ses moyens et de son émancipation des puissances politiques et financières. La concentration des médias entre les mains de quelques grands groupes, la précarisation des rédactions et les pressions exercées sur les journalistes constituent autant de menaces pour le débat démocratique.
Alternative communiste demande que toute la lumière soit faite sur les accusations de pressions sur les services de renseignement, que l’indépendance des rédactions soit pleinement garantie et que le service public de l’audiovisuel dispose des moyens et des protections nécessaires à l’accomplissement de sa mission.
Nous exprimons notre solidarité avec les journalistes et leurs organisations syndicales qui défendent le droit à une information honnête, pluraliste et indépendante.
Une démocratie ne peut vivre durablement si la contestation sociale est réduite au désordre, si l’opposition est transformée en bouc émissaire et si l’information devient un instrument de gouvernement.
La presse doit pouvoir enquêter sur le pouvoir, le contredire et lui demander des comptes. C’est une condition de la souveraineté populaire.



Je partage l’exigence de défendre la liberté de la presse, l’indépendance des rédactions et les libertés démocratiques. Si les révélations de Mediapart concernant d’éventuelles pressions sur les services de renseignement pour mettre en cause La France insoumise sont confirmées, elles doivent donner lieu à une enquête sérieuse et à l’établissement des responsabilités. Aucun gouvernement ne saurait instrumentaliser les moyens de l’État contre une force politique d’opposition.
Mais une question demeure, et elle ne peut être éludée : Jean-Luc Mélenchon serait-il la seule victime de la situation politique actuelle ? Et surtout, la solidarité légitime face à d’éventuelles manœuvres du pouvoir doit-elle nous interdire d’interroger sa propre stratégie ?
Défendre LFI contre une injustice éventuelle ne signifie pas approuver sans réserve la stratégie de son dirigeant. La liberté de la presse, la démocratie et les droits de l’opposition ne sont pas la propriété d’une organisation ou d’un candidat. Ils appartiennent à tous.
Venons-en donc à l’essentiel : la présidentielle ne peut pas devenir l’instrument d’une ambition individuelle, aussi importante soit-elle dans la vie politique française. La question n’est pas de savoir qui, à gauche, estime avoir le plus de légitimité à devenir président. Elle est de déterminer quelle candidature offre les meilleures chances de battre l’extrême droite et d’ouvrir une véritable perspective de transformation sociale. Si le maintien de Jean-Luc Mélenchon compromet les possibilités de qualification d’une candidature de rupture, si sa candidature risque de rendre plus difficile la constitution d’un front républicain au second tour, alors il faut avoir le courage de poser la question de son retrait. Ce n’est ni une attaque personnelle ni une concession. C’est une exigence de responsabilité politique.
Le danger est considérable. Une victoire du RN à la présidentielle pourrait lui ouvrir la voie à une majorité parlementaire écrasante aux législatives. Nous ne pouvons pas affirmer que ce scénario est inévitable, mais nous ne pouvons pas non plus en minimiser le risque. L’heure n’est pas aux paris personnels, aux stratégies de division ou à la fidélité inconditionnelle à un dirigeant. Elle est à la lucidité et au combat antifasciste. Les groupes d’action de LFI, ses militants et ses organisations de base doivent pouvoir débattre librement de cette question. Ils doivent pouvoir considérer que l’intérêt général de la gauche de rupture exige une autre candidature et une autre dynamique. Il ne peut y avoir de véritable démocratie militante si le choix d’un dirigeant devient une ligne intangible, soustraite à toute discussion stratégique. L’engagement de Fabien Roussel à convoquer une assemblée constituante peut également ouvrir une perspective de révolution citoyenne voulue par LFI, à condition de l’articuler à la conquête de nouveaux pouvoirs pour les travailleurs et à la transformation des rapports de production.
La présidentielle doit construire une dynamique de rupture. Les législatives doivent permettre un rassemblement populaire démocratique, capable de battre le RN, de défendre les intérêts du monde du travail et de transformer les institutions. L’autonomie communiste n’est pas l’isolement. L’unité populaire n’est pas la subordination à un appareil. Et le combat antifasciste ne peut pas se réduire à la défense d’une candidature.
Fraternellement, mais fermement, il faut donc poser la question : Jean-Luc Mélenchon est-il prêt à faire primer l’intérêt collectif sur sa propre candidature si les conditions d’une victoire contre l’extrême droite l’exigent ?
L’enjeu dépasse largement son avenir personnel. Il concerne celui de toute la gauche de rupture, celui du monde du travail et celui de notre démocratie. Non à l’égoïsme politique. Non à la division stérile. Non à une stratégie qui risquerait de livrer le pays à l’extrême droite. Faisons primer l’intérêt populaire, construisons une dynamique communiste autour de Fabien Roussel et donnons au rassemblement populaire les moyens de battre le RN et de transformer réellement la société.