Il y a des dérapages. Et puis il y a les sorties de route, celles qui ne doivent rien au hasard mais tout à une trajectoire déjà bien entamée. La dernière prise de parole de Fabien Roussel n’est pas un accident : c’est l’aboutissement logique d’un lent glissement, d’un abandon méthodique du communisme.
Depuis son accession à la tête du Parti communiste, celui qui se rêvait à la tête de la « remontada » n’a cessé de troquer la conflictualité sociale contre le confort des plateaux télé. À force de courir après le buzz, il en a adopté les codes, les réflexes, et pire encore : les valeurs. Ou plutôt l’absence de valeurs. Car que reste-t-il quand la boussole politique se résume à quelques secondes d’attention médiatique ?
Cette fois, pourtant, quelque chose a cédé. Une ligne rouge, déjà frôlée à maintes reprises, a été franchie sans hésitation, presque avec désinvolture. Dans cette sortie, il y a tout : le vieux fond patriarcal, le mépris des femmes, l’entre-soi masculin, la complaisance envers un virilisme d’un autre âge. Comme un enfant qui avancerait sans conscience du précipice, sourire aux lèvres et vide en tête.
Et c’est là que le ridicule devient grave. Car ces propos ne sont pas seulement indignes : ils sont en contradiction frontale avec les principes mêmes du Parti communiste, dont les statuts prévoient explicitement l’exclusion pour comportements sexistes.
Alors une question demeure, lancinante : comment un parti peut-il encore se reconnaître dans celui qui, jour après jour, en trahit l’esprit ? À moins que, derrière le pitre médiatique, ce ne soit déjà une autre mue qui s’opère — celle d’un parti qui, à force de renoncements, ne sait plus très bien ce qu’il est censé défendre.
Il arrive un moment où les mots ne suffisent plus, où les constats, même répétés, ne produisent plus rien d’autre qu’une lassitude résignée. Ce moment semble désormais atteint. Car il ne s’agit plus d’un simple désaccord politique ni d’une divergence d’analyse : il s’agit d’une question de dignité.
Pour redonner de la force à la parole communiste, pour permettre à ce parti de renouer avec ce qu’il veut incarner, une seule issue s’impose désormais. Elle est simple, claire, presque évidente : tirer les conséquences de ses actes. Présenter sa démission.
Non par goût du sacrifice, ni pour satisfaire quelque tribunal médiatique, mais pour rouvrir un espace politique aujourd’hui meurtri. Pour permettre au congrès de se tenir libéré du poids de ces dérives répétées. Pour offrir, enfin, aux communistes la possibilité de se regarder à nouveau en face.
Quand on commet une erreur on s’excuse. Quand on commet une faute aussi grave, on se retire. Car, il n’y a pas de dignité sans responsabilité.
Signataires : AMAND Elsa, secrétaire de section Nanterre, Hauts-de-Seine – BIANCARELLI Aurélie, maitresse de conférences, physicienne, Marseille – BOURSIER Marie-Pierre, féministe, ex membre du Conseil national – CAO Serge, instituteur retraité, Vitry-sur-Seine, Val-de-Marne – COSTES Alain, architecte coopérateur, Val-de-Marne – CUKIERMAN Leila, directrice de théâtre retraitée, Ivry-sur-Seine, Val-de-Marne – DERIEN Laure, demandeuse d’emploi, Calvados – HAOUADEG Alexis, ancien conseiller municipal, Montreuil –GREDER Joelle, ex-présidente du Conseil national du PCF – HAVARD Estelle, Val-de-Marne- JAY Marie, 1ère adjointe de Gentilly, Val-de-Marne – JOB Alain, vétéran, du PCF, retraité, Yonne – KLEINBERG Sacha, graphiste, Ivry-sur-Seine, Val-de-Marne – LEBEAU Marie-Hélène, Ivry-sur-Seine – LECLERC Patrice, Maire de Gennevilliers, Hauts-de-Seine – LE CORNEC Alain – LORAND Isabelle, chirurgienne, ex membre du collège exécutif national, Val-de-Marne – LUXEMBOURG Corinne, géographe, Gennevilliers – MISSLIN Dominique, Ivry-sur-Seine, Val-de-Marne – MISSLIN Sarah, militante – MOINEAU Jean-Pierre, retraité Val-de-Marne – MOULY Frank, collaborateur d’élu – RIPOLL Sandrine, Graphiste, Val-de-Marne – ROUSSEAU Maryse, ex-secrétaire de section, Finistère – SKOWRONEK Annabelle, professionnelle de santé, Gers – SPIRO Guillaume, 1er adjoint d’Ivry-sur-Seine, Val-de-Marne- TASSET Gilles, retraité CNIEG (EDF/GDF), Surgères – VALBON Antoine, administrateur général, La Ciotat – WOJCIECHOWSKI Bozena, militante féministe, Val-de-Marne



Laisser un commentaire