Contribution

Fidélité communiste à l’antifascisme

La conscience politique de la violence sociale, raciste et autoritaire qui se libérerait si le RN accédait au pouvoir, frappant d’abord les classes populaires et les habitants des villes populaires engage à prendre ce risque au sérieux. Cette violence politique de l’extrême droite au service du capital s’exercera aussi contre le monde du travail et de la création des bourgs et des tours. Elle aggravera la crise climatique et les facteurs de guerre. Le combat contre l’extrême droite doit donc être une priorité communiste dans notre lutte contre toutes les dominations.

Mobiliser à gauche plutôt que de chercher à droite

Une partie de la direction communiste relativise, de fait, la menace d’extrême droite, son ancrage, comme si l’essentiel consistait à « ramener » quelques électeurs RN égarés plutôt qu’à reconstruire une dynamique de rassemblement et d’espoir avec le peuple de gauche abstentionniste, avec celles et ceux qui participent des mouvements sociaux et civiques.

L’extrême droite ne peut pas être combattu par de simples ajustements tactiques, des formules « qui leur parlent » comme à « des fâchés pas fachos ». Ce vote s’enracine dans un racisme structurel, une haine de l’autre et l’acceptation d’une société de concurrence généralisée, une demande d’autoritarisme.

La tâche centrale des communistes devrait être de redonner confiance aux électrices et électeurs de gauche en agissant pour faire vivre des propositions communistes alternatives à ce système, en étant des actrices et acteurs, avec d’autres, d’actions contre toutes les dominations, en contribuant au rassemblement le plus large à gauche pour créer une dynamique mobilisatrice, mettre en échec la théorie des deux gauches irréconciliables, tout en pesant pour que ce soit une gauche radicale rassemblée qui permette l’expression de la puissance du peuple, la fierté du monde populaire.

Refuser le repli identitaire

Le PCF traverse un affaiblissement prolongé : perte d’adhérents, de villes, absence de réimplantation dans le monde du travail, vieillissement du corps militant, perte de relations avec les intellectuel-les comme les couches populaires.

La candidature communiste fonctionne comme un mythe rassurant, permettant d’éviter une analyse sérieuse des causes de ce recul, en faisant croire qu’il suffirait d’être présent toutes les élections pour retrouver une utilité politique. Les dernières élections présidentielles et européennes ont pourtant montré que ce n’était pas le cas. Ce repli identitaire s’accompagne du retour à une conception étatiste du communisme (avec l’étape socialiste), au détriment de la prise de pouvoir « par le bas », des expériences autogestionnaires qui font vivre le communisme comme mouvement réel transformant l’ordre des choses.

Une fidélité communiste,

L’histoire du mouvement communiste rappelle que des militants sont entrés en résistance sans attendre les appels officiels, plaçant le devoir antifasciste au-dessus de tout. Aujourd’hui encore, la question centrale reste la même : quelles pratiques politiques sont les plus efficaces pour empêcher une victoire de l’extrême droite? Serons-nous perçus comme utiles ou pas, par les gens, dans ce combat? Pouvons-nous penser raisonnablement, qu’une candidature communiste, qui s’ajoute aux autres candidatures de dispersion à gauche, apparaitra utile dans ce combat décisif pour beaucoup?

Construire un pont, pas une boutique

Une voie s’ouvre pour une « utilité communiste » qui soutient une candidature de rassemblement tout en maintenant une indépendance politique et théorique. Cette indépendance ne vise pas à ériger une boutique identitaire, mais de contribuer au rassemblement entre forces politiques de gauche, mouvements sociaux, syndicats, collectifs écologistes et courants communistes dispersés. Il vise à créer une dynamique de débats et d’actions avec des intellectuel-les, des actrices et acteurs des mouvements sociaux et alternatifs, avec le NPA, PEPS, L’Après, LFI , les socialistes, les écologistes et d’autres composantes du camp émancipateur pour reconstruire ensemble un espoir mobilisateur, un projet anticapitaliste qui respecte les êtres humains et la nature.

Préparer la victoire ou la résistance

Le rassemblement de la gauche de transformation sociale et écologique ne doit pas être renvoyée à l’après-2027 : elle se prépare dès maintenant, dans les luttes et dans les expériences de convergence. Les moments de Front de gauche et de NFP (un peu moins de la NUPES) ont montré que les phases de rassemblement sont celles où les communistes gagnent en audience, tandis que les phases de repli identitaire se traduisent par la chute des adhésions. D’où la nécessité de travailler à une nouvelle force politique, de type NFP élargi, donnant davantage de place aux citoyens non encartés, aux mouvements sociaux et civiques, en expérimentant des dispositifs de démocratie directe. Une nouvelle force où chaque sensibilité se sente respectée parce que sa différence est son apport au combat commun.

C’est une condition de la victoire électorale, mais aussi de la victoire politique de plus long terme, car l’extrême droite battue conjoncturellement aux élections peut continuer de prospérer si les raisons de ses progrès ne sont pas combattues. C’est une condition aussi pour qu’un gouvernement de gauche ne trahisse pas une nouvelle fois sous la pression capitaliste.

C’est une nécessité si l’extrême droite prend le pouvoir d’État, pour résister, protéger, combattre, remobiliser à gauche…

Face à la menace fasciste, aucun courant de gauche ne pourra l’emporter seul. La FI comme le PCF, et toutes les autres forces de gauche doivent l’entendre et en tirer les conséquences, prendre leur responsabilité face à la bête immonde.

Une ligne communiste à la hauteur du moment doit donc articuler trois exigences : priorité au rassemblement dans le combat antifasciste, indépendance pour jouer son rôle dans la bataille idéologique, et convergence avec celles et ceux qui agissent, contre toutes les dominations, dans une perspective anticapitaliste ancrée sur l’auto-organisation populaire.

Jeudi 6 aout 2026

Patrice Leclerc

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Une réponse

  1. Avatar de Lafleur
    Lafleur

    Cher Patrice, Cher camarade,

    Je partage profondément ton point de départ : la menace de l’extrême droite ne peut être relativisée et le combat antifasciste doit être une priorité communiste. Là où je voudrais prolonger fraternellement ta réflexion, c’est sur la stratégie permettant réellement de construire le rapport de forces capable de la battre.

    J’ai le sentiment que ton texte contient une contradiction : tu refuses à juste titre le « repli identitaire », mais tu risques, à l’inverse, de réduire la question communiste à la construction d’une nouvelle force de rassemblement de la gauche. Or, si nous voulons tirer toutes les leçons de 1936 et de Dimitrov, il me semble nécessaire d’éviter trois réductions.

    La première est une réduction du problème au champ électoral. La menace du RN ne sera pas combattue durablement par la seule addition de candidatures ou la construction d’une nouvelle architecture politique. Il faut reconstruire un rapport de forces social, idéologique et culturel à partir du monde du travail et des classes populaires.

    La deuxième est une réduction du peuple aux « électeurs de gauche ». Une partie considérable des classes populaires s’abstient, tandis qu’une autre vote RN. Je ne crois pas qu’il faille simplement considérer ces électeurs comme des « égarés ». Leur vote exprime souvent des contradictions matérielles réelles : déclassement, désindustrialisation, recul des services publics, insécurité sociale, sentiment d’abandon. La question communiste est précisément de partir de cette colère réelle pour montrer que sa traduction nationaliste et identitaire constitue une fausse conscience de classe et détourne la contradiction capital-travail vers la concurrence entre travailleurs.

    La troisième réduction est celle du Front populaire à une coalition électorale de la gauche. C’est précisément ce que l’expérience de 1936 devrait nous empêcher de faire. Le Front populaire fut pluraliste : communistes, socialistes, radicaux, et le PCF ne disparut nullement dans le rassemblement. Au contraire, il conserva son autonomie et progressa fortement. Surtout, la victoire électorale fut prolongée et transformée par l’irruption du mouvement ouvrier et les grèves de mai-juin. Le rapport de forces social précéda donc, accompagna et déborda le rapport de forces électoral. (Fondation Jean-Jaurès)

    C’est aussi, me semble-t-il, l’enseignement essentiel de Dimitrov. Le Front populaire n’est pas d’abord un cartel électoral : il procède de l’unité d’action, de la mobilisation des travailleurs, puis de l’alliance la plus large avec les couches populaires et les forces menacées par le fascisme. Le rassemblement est donc un moyen de modifier le rapport de forces, pas une fin en soi. (Vive le Maoïsme)

    C’est pourquoi je ne crois pas que l’alternative soit entre « candidature communiste identitaire » et « candidature de rassemblement ». L’autonomie communiste peut au contraire être une condition du rassemblement. Elle permet de porter une orientation de classe, de reconquérir les abstentionnistes et une partie des catégories populaires captées par le RN, tout en construisant l’unité d’action avec les autres forces.

    La présidentielle rend d’ailleurs la comparaison avec 1936 particulièrement intéressante : en 1936, le scrutin législatif à deux tours permettait au pluralisme du premier tour de se transformer en désistements au second. Il ne faut donc pas nécessairement reproduire aujourd’hui une candidature commune dès le premier tour. Le premier tour peut permettre l’expression des différentes forces et la construction du rapport de forces ; le second peut être celui du rassemblement le plus large pour battre l’extrême droite. (Assemblée Nationale)

    Mais ce rassemblement ne peut pas reposer sur l’idée que la droite bourgeoise viendra mécaniquement sauver une gauche de rupture au nom du « barrage républicain ». Notre objectif doit être de construire une majorité populaire suffisamment forte pour que le barrage repose d’abord sur la mobilisation du peuple lui-même.

    C’est là que je distinguerais aussi pluralisme et indifférenciation. Nous pouvons travailler avec LFI, les socialistes, les écologistes et d’autres forces réformistes ou de transformation sociale sans considérer qu’elles portent toutes le même rapport au capital. L’unité antifasciste, l’unité d’action, le rassemblement électoral et le programme de transformation sociale ne sont pas synonymes.

    Au fond, je crois que notre divergence porte moins sur la nécessité du rassemblement que sur son point de départ. Tu sembles partir de la nécessité de rassembler la gauche pour reconstruire une force politique. Je partirais plutôt de la nécessité de reconstruire une force de classe pour rendre possible un rassemblement populaire beaucoup plus large.

    C’est peut-être cela que nous pouvons retenir ensemble de 1936 et de Dimitrov : ne pas opposer autonomie et rassemblement, mais les articuler dialectiquement. Autonomie communiste, unité d’action dans les luttes, reconstruction de la conscience de classe, élargissement aux couches populaires, puis rassemblement politique le plus large contre l’extrême droite et pour une transformation sociale.

    Le véritable enjeu n’est donc pas seulement de savoir comment additionner les forces de gauche existantes. Il est de savoir comment faire revenir dans la politique celles et ceux qui n’y croient plus, qui s’abstiennent ou qui, faute d’une perspective de classe, cherchent dans le RN une réponse à des contradictions pourtant produites par le capitalisme.

    C’est là que se joue aujourd’hui la fidélité communiste à l’antifascisme : non seulement empêcher l’extrême droite d’accéder au pouvoir, mais reconstruire les conditions sociales et politiques qui permettront de la vaincre durablement.

    Fraternellement,

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