Les adhérent·es du Parti communiste français se sont prononcé·es. Avec 72,06 % des suffrages exprimés soit 45,89 % des adhérent·es, la candidature de Fabien Roussel est désormais celle proposée par le PCF pour l’élection présidentielle de 2027. Nous prenons acte de ce résultat.
Mais nous voulons aussi regarder ce vote dans toute sa réalité. 17 267 communistes ont soutenu cette candidature, près de 6 000 de moins que lors de la précédente consultation sur le nom de Fabien Roussel. 5 271 ont voté contre et 1 424 se sont abstenu·es.
Alternative Communiste continuera à amplifier la dynamique pour un rassemblement de la gauche de rupture en 2027.
Alors que les derniers événements en France, au Royaume-Uni et en Allemagne démontrent que les forces les plus réactionnaires convergent, nous sommes nombreux·ses à penser qu’en 2027, la responsabilité des communistes est de contribuer à construire une candidature commune capable de gagner, de battre l’extrême droite et d’ouvrir une perspective de transformation sociale.
Nous pensons aussi que ce rassemblement ne suppose nullement d’effacer ce que nous sommes. Au contraire. Les idées communistes, l’histoire du PCF, son implantation dans le monde du travail, ses élus, ses militants et sa culture politique sont indispensables à la construction d’une alternative majoritaire.
C’est pourquoi nous voulons ouvrir, dans les semaines qui viennent, un nouvel espace de rencontre, de réflexion et d’action pour rassembler les Communistes et leur permettre de développer leur utilité dans le combat antifasciste.
Un espace pour celles et ceux qui se reconnaissent dans le communisme, membres du PCF ou non, qui veulent travailler, ensemble, à une autre perspective pour 2027.
Un espace pour élaborer, faire vivre et porter haut nos idées dans le rassemblement de la gauche. Un espace pour nouer le dialogue avec toutes les forces disponibles et contribuer à construire une candidature commune qui se donne les moyens de gagner.
Nous invitons toutes celles et ceux qui partagent cette ambition à nous enrichir de leurs réflexions et actions. La Fête de l’Humanité sera pour Alternative Communiste un premier rendez-vous pour cette ambition.
Nous avons une histoire. Nous avons des idées. Nous avons une responsabilité : les mettre au service du rassemblement pour assurer la victoire de la gauche contre l’extrême droite et construire une alternative politique au capitalisme.



Chers camarades d’Alternative Communiste,
Votre déclaration appelle une réponse fraternelle mais sans détour. Vous dites « prendre acte » du vote des communistes, mais vous annoncez aussitôt la poursuite d’une démarche visant à construire une « candidature commune ».
C’est là que commence la contradiction : une minorité a évidemment le droit de poursuivre le débat et de défendre une autre analyse ; elle ne peut en revanche transformer son désaccord en mandat politique concurrent du mandat qui vient d’être adopté. Sinon, à quoi servent le Congrès, la Conférence nationale et la consultation des adhérents ? Une démocratie militante suppose précisément que le débat puisse continuer après le vote, mais aussi que le vote produise une décision collective et donc une loyale unité d’action dans le Parti.
Mais quelle est exactement la portée de ce mandat ?
Le vote des adhérents ne signifie évidemment pas que toute discussion s’arrête, ni que la direction dispose d’un blanc-seing. Il signifie que, sur la question soumise à leur décision, les communistes ont tranché et désigné Fabien Roussel comme candidature proposée par le PCF pour l’élection présidentielle de 2027.
Ce choix crée donc une responsabilité collective qui engage le Parti et tous ses membres : à la majorité comme à la minorité, il revient désormais de contribuer à la mise en œuvre de cette décision, tout en poursuivant le débat politique et en travaillant à son enrichissement.
La minorité conserve pleinement son droit à la critique interne. Mais elle ne peut transformer ce droit en décision alternative, ni présenter comme une orientation collective du Parti ce qui demeure une orientation minoritaire. Elle peut convaincre ; elle ne peut se soustraire au mandat collectif ni en organiser le contournement.
Respecter le mandat ne signifie donc pas renoncer au débat interne ; cela signifie que le débat doit désormais s’inscrire dans le cadre de la décision collective, et non chercher à la contourner.
Votre texte pose surtout une question stratégique à laquelle il ne répond pas : vous faites du rassemblement la condition de la victoire contre l’extrême droite, mais quel rassemblement, autour de quelle candidature, de quel programme et surtout de quel rapport de forces social ?
Si votre perspective est celle d’une candidature de Jean-Luc Mélenchon, il faut aller jusqu’au bout du raisonnement. Imaginons qu’il obtienne 28 % au premier tour : comment passe-t-il à 51 % au second ? Où trouve-t-il les 23 points supplémentaires ?
Comment convaincre les catégories populaires qui ne veulent ni du RN ni de Jean-Luc Mélenchon et dont une partie pourrait précisément choisir l’abstention ou le vote Le Pen par rejet de sa candidature ? Votre déclaration ne répond pas à cette question pourtant décisive si l’objectif proclamé est de battre l’extrême droite.
Il faut aussi tirer les enseignements des expériences récentes. La NUPES de 2022 n’a pas produit de majorité alternative au macronisme à l’Assemblée. Le NFP de 2024, arrivé en tête, n’a pas davantage obtenu la majorité absolue ni réussi à transformer son résultat électoral en capacité gouvernementale durable.
Ces expériences ne sont pas des échecs à balayer, mais des faits matériels à analyser. Reproduire la même logique en espérant un résultat différent exigerait de démontrer ce qui aurait changé dans le rapport de forces.
C’est ici que le matérialisme historique doit nous protéger d’un raisonnement purement électoraliste.
Une candidature ne crée pas mécaniquement une majorité populaire. Il faut partir des rapports sociaux, des classes et fractions de classes, du travail, des organisations, des institutions et du rapport à l’État pour comprendre quelle construction politique peut réellement modifier le rapport de forces.
Ce n’est pas une simple juxtaposition de groupes qui n’ont pas la même vision de questions stratégiques aussi essentielles que l’énergie, le nucléaire, l’OTAN, la coopération internationale, ou encore la question du Sahara occidental et du soutien aux peuples qui y sont engagés. L’unité électorale ne supprime pas ces contradictions ; elle doit au contraire permettre de les traiter politiquement et de déterminer autour de quel projet elles peuvent être surmontées.
Chez Thorez, le rassemblement n’est pas la dissolution de la force communiste dans une gauche indistincte. Il suppose au contraire que les communistes disposent d’une organisation, d’une implantation et d’une capacité politique propres pour peser sur le contenu du rassemblement populaire, y compris au-delà de la seule classe ouvrière. Sinon, ce n’est plus le rassemblement qui renforce les communistes : c’est le rassemblement qui risque de les absorber.
Gramsci nous conduit au même point par une autre voie : l’hégémonie ne se réduit jamais à l’addition d’électorats. Elle suppose la construction d’un bloc historique, l’articulation des classes, des organisations, des institutions, de la culture et de l’État. Une candidature peut exprimer un rapport de forces ; elle ne peut pas le fabriquer à elle seule.
Ce n’est donc pas aux communistes de se mettre à la remorque d’un des pôles du vieux système politique, qu’il soit libéral, social-démocrate ou radical, en espérant qu’une alliance électorale suffira à transformer les rapports de production. Notre conception doit au contraire s’attaquer aux mécanismes matériels de la domination du capital : propriété, crédit, industrie, énergie, emploi, retraites et maîtrise des secteurs stratégiques.
La question des nationalisations est ici tout sauf secondaire. Les exemples industriels comme ArcelorMittal, la maîtrise du crédit ou encore la reconquête de la retraite à 60 ans posent concrètement la question du pouvoir économique et de la capacité de la puissance publique et des travailleurs à reprendre la maîtrise des choix de production et de répartition.
Il faut également distinguer l’antifascisme d’une simple stratégie électorale. Dimitrov et l’expérience du Front populaire nous enseignent que le rassemblement antifasciste doit s’enraciner dans les luttes, les revendications populaires et le mouvement ouvrier. Le danger de l’extrême droite ne peut devenir le prétexte à suspendre notre analyse de classe ni nos décisions démocratiques.
Il existe enfin une question programmatique majeure. Vous affirmez à juste titre que les idées communistes, l’histoire du PCF, ses élus, ses militants et son implantation sont indispensables.
Mais alors il faut discuter concrètement du projet auquel nous voulons contribuer. Sur l’énergie, le nucléaire, la maîtrise publique, les nationalisations et la reconquête des secteurs stratégiques, les divergences avec le projet porté par Mélenchon ne sont pas secondaires. Elles touchent directement à notre conception de la souveraineté économique et de la transformation des rapports de production.
C’est précisément pourquoi « Vivre ! », le nom choisi pour la campagne de Fabien Roussel, peut ouvrir une tout autre perspective : partir des conditions matérielles d’existence, du travail, des salaires, de l’industrie, de l’énergie, du logement, des services publics, de la République sociale, de la souveraineté et de la maîtrise collective de l’économie. Non pas opposer artificiellement le social et le politique, mais reconstruire à partir de la vie réelle une force populaire capable de transformer le rapport de forces.
Nous pouvons continuer à débattre fraternellement.
En revanche, le mandat militant adopté à 72,06 % des suffrages exprimés fixe désormais le cadre de notre action collective. Il ne demande pas aux communistes de renoncer à leurs convictions ; il leur demande de faire vivre la décision qu’ils ont prise, de construire la campagne correspondante et de porter dans cette campagne le projet communiste.
La démocratie n’est pas seulement la possibilité permanente de remettre en cause une décision collective : elle est aussi la capacité d’une organisation à décider, puis à agir collectivement à partir de cette décision. Sans cette articulation entre débat, décision et unité d’action, la démocratie militante perdrait sa portée pratique.
Une majorité électorale ne se décrète pas par l’addition des appareils et des candidatures. Elle se construit par la transformation du rapport de forces social. C’est précisément cette construction que les expériences de la NUPES et du NFP nous obligent à repenser.
Des militants ont été déçus par certaines pratiques de ces rassemblements : place accordée aux différentes forces, répartition des circonscriptions, rapports de représentation, cumul de responsabilités électives, ou encore différences dans l’application de principes pourtant affirmés comme communs. Il ne s’agit pas ici de procès d’intention, mais de tirer les enseignements politiques de ces expériences.
Recommencer à l’identique en changeant seulement le nom de la coalition, sa forme ou en substituant un ralliement à une alliance ne serait pas une stratégie : ce serait refuser de tirer les enseignements de l’expérience.
Faire vivre le communisme, ce n’est donc ni contourner le mandat des communistes ni mettre leur force collective au service d’une stratégie extérieure. C’est donner toute sa force au mandat militant qu’ils viennent de décider.
Le désaccord est légitime. Le débat est nécessaire.
Le vote, lui, produit une décision et une responsabilité collectives. La fraternité communiste exige que la majorité comme la minorité respectent cette règle élémentaire de notre démocratie collective. L’unité du Parti dans la mise en œuvre des décisions collectives n’est pas négociable ; elle n’interdit ni la critique ni le débat, elle leur donne au contraire un cadre politique et une efficacité collective.
Fraternellement,