Hugo Pompougnac est chercheur en informatique, compilation et machine learning. Il est par ailleurs président d’Espaces Marx, membre d’AC et du médias Nos Révolutions et co-auteur de l’ouvrage Que Faire de l’IA ? C’est donc en tant que spécialiste de l’IA, mais aussi comme militant et intellectuel communiste que ce temps d’échange avec lui a été organisé.
Lors de cette rencontre, Hugo Pompougnac, s’est attaché a déconstruire les fantasmes entourant l’Intelligence Artificielle. Loin d’être une entité autonome, l’IA s’apparente selon lui à une vaste archive de l’intelligence humaine collective, qu’il s’agit désormais de politiser.
Pour Hugo Pompougnac, le terme « intelligence artificielle » est trompeur. Il ne s’agit pas d’une pensée, mais d’une « compression statistique » de l’information humaine collectée sur Internet.
En passant des systèmes experts des années 80 aux réseaux de neurones profonds d’aujourd’hui, la véritable rupture ne réside pas tant dans une soudaine « conscience » des machines que dans une révolution de l’interface. Il a insisté sur le fait qu’avec ChatGPT, l’interaction avec la donnée devient universelle : plus besoin de coder, le langage naturel suffit.
Il compare cette étape à l’invention de la presse de Gutenberg : une technologie de stockage et de diffusion qui bouleverse notre rapport au savoir, sans pour autant se substituer à la rigueur intellectuelle nécessaire pour l’utiliser. L’un des points cruciaux de l’entretien a porté sur la menace que l’IA ferait peser sur l’emploi. Le chercheur invite à la nuance en invoquant le « paradoxe de Solow » : malgré l’omniprésence du numérique, les gains de productivité globaux stagnent.
Derrière le discours alarmiste sur la fin du travail se cacherait souvent une stratégie managériale classique visant à discipliner les salariés. D’autant que le coût réel de l’IA est aujourd’hui masqué par une bulle spéculative. Entre la consommation énergétique abyssale des data centers et la main-d’œuvre humaine nécessaire pour entraîner ces modèles, l’IA est loin d’être une solution magique et gratuite.
Sur le plan social, le danger réside moins dans l’outil que dans son usage : si l’administration utilise l’IA pour profiler les bénéficiaires d’aides sociales, pourquoi ne pas retourner l’algorithme pour traquer la fraude fiscale des plus riches ? Face à la désinformation, l’invité se montre paradoxalement optimiste. L’IA pourrait générer une « méfiance critique » salutaire, poussant les citoyens à ne plus croire une information par simple réflexe d’autorité, mais à vérifier les sources.
La conclusion de l’échange sonne comme un appel à l’action : plutôt que de subir ou de rejeter en bloc ces technologies, les forces de transformation sociale doivent s’en emparer. Que ce soit pour analyser des flux économiques complexes ou pour assister la création artistique et l’éducation, l’IA peut devenir un levier d’émancipation. Le projet porté par l’Espace Marx — un guide de l’IA pour le militantisme — illustre cette volonté de reprendre le contrôle sur les outils du siècle, afin de les orienter vers des objectifs de progrès social plutôt que de simple profit.



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